Le Grand Nord

Les Inuits sont des peuples autochtones aux cultures similaires. Ils vivent principalement sur les côtes arctiques de la Sibérie, de l’Alaska, des Territoires du Nord-Ouest, du Nunavut, du Québec, du Labrador et du Groenland. Jusqu’aux dernières décennies, la culture de cette zone était incroyablement homogène, en particulier en ce qui concerne la dépendance au poisson, aux mammifères marins et aux animaux terrestres pour l’alimentation, le chauffage, l’éclairage, les vêtements, les outils et les abris. Leur langue, parfois appelée « inuktitut », appartient à la famille des langues inuites ou eskimo-aléoutes.

Les Inuits canadiens vivent principalement dans le territoire du Nunavut; au Nunavik, dans le nord du Québec; et dans la région désignée du Nunatsiavut, au Labrador. Les Inuvialuits vivent majoritairement dans le delta du fleuve Mackenzie, sur l’île Banks et dans une partie de l’île Victoria aux Territoires du Nord-Ouest. Les Iñupiat d’Alaska vivent sur le Versant nord, alors que les Yupiks vivent dans l’ouest de l’Alaska et dans une partie du district autonome de Tchoukotka en Russie.

Le Conseil circumpolaire inuit, fondé en 1977, représente entre autres les Inuits et les Inuvialuits du Canada, le peuple kalaallit du Groenland, les Iñupiat et les Yupiks d’Alaska, et les Yupiks de Russie. Les Yupiks ne sont pas des Inuits descendant des membres de la culture de Thulé; ils préfèrent qu’on les appelle Yupiks ou Esquimaux. Le Conseil représente environ 160 000 Inuits.

Dans le nord du Canada, où la viande achetée en magasin coûte cher, un seul phoque annelé peut fournir l'équivalent de 200 $ ou plus de viande à une famille - et un niveau de nutrition beaucoup plus élevé.

La chasse inuite

En général, les Inuits de l’Arctique canadien chassent des phoques annelés adultes, l’espèce la plus courante dans les zones les plus au nord du continent.

Les phoques annelés migrent vers le sud pour mettre bas sur la glace de rive en mars et en avril. Lorsqu’ils reviennent dans le Nord, ils ont atteint l’âge adulte. La plupart des phoques annelés chassés par les Inuits ont plus d’un an.

À l’aide de leurs griffes acérées, les phoques annelés creusent des trous coniques dans la glace, que l’on appelle des « allu » ou des « aglu », pour respirer. Ils peuvent ainsi parcourir de longues distances loin de la côte et de la lisière de glaces, augmentant ainsi leur territoire de chasse.

Auparavant, les Inuits surveillaient ces trous, immobiles, harpon à la main, et attendaient qu’un phoque sorte la tête pour respirer. De nos jours, les chasseurs utilisent des fusils, mais la chasse au phoque requiert toujours patience, vigilance et habileté.

On estime la population actuelle de phoques annelés dans l’Arctique canadien à 1,5 million d’individus. Les Inuits prélèvent chaque année une quantité gérée et durable d’environ 35 000 phoques. Le Conseil de gestion des ressources fauniques du Nunavut gère la chasse dans le territoire en se fiant aux connaissances traditionnelles des Inuits et à des données scientifiques, et grâce à une collaboration avec le ministère fédéral des Pêches et des Océans. Il agit selon les principes de la chasse durable et sans cruauté, et de l’utilisation complète.

Importance du phoque

Les phoques ont pendant longtemps joué un rôle essentiel pour la survie des Inuits. Ils leur fournissaient pratiquement tout ce dont ils avaient besoin pour vivre : nourriture, chauffage, lumière et abri. On privilégiait la peau de phoque, chaude et imperméable, pour fabriquer les vêtements et les bottes. L’huile servait de combustible pour les lampes. La viande goûteuse était riche en nutriments et énergétique. Ainsi, les phoques étaient très respectés, appréciés et partagés. Les traditions liées à la chasse et aux arts, à l’artisanat et aux produits essentiels qui en résultaient constituent des fondements culturels et communautaires.

C’est à la fin du XIXe siècle que l’on a découvert la valeur commerciale du phoque dans le Nord, lorsque les baleiniers sont arrivés d’Europe. Peu après, la Compagnie de la Baie d’Hudson a instauré le commerce avec les Inuits. L’utilisation des animaux ne s’est alors plus limitée à la subsistance. Elle est également devenue une source de revenus.

De nos jours, la chasse est d’abord axée sur la famille et pratiquée à des fins de subsistance. Après qu’une famille a prélevé la nourriture dont elle a besoin et les peaux nécessaires pour l’art et l’artisanat, on peut vendre le reste. On estime que la vente des produits du phoque représente environ 1 million de dollars chaque année pour l’économie du Nunavut.

Défis

En 1972, les États-Unis ont adopté la Marine Mammal Protection Act (Loi de la protection des mammifères marins); les marchés américains sont depuis ce jour fermés aux peaux de phoques.

En 1982, en réponse à de fortes pressions exercées par Greenpeace et d’autres groupes militants, le Parlement européen a interdit l’importation de peaux de blanchons. Même si cette interdiction ne visait pas les chasseurs inuits (qui n’avaient jamais chassé les blanchons), le marché des produits du phoque annelé a chuté. Les ventes sont tombées à moins de 1 000 peaux en 1988, contre 50 000 en 1977. Les peaux vendues ont à peine atteint 5 $ pièce, cinq fois moins qu’une décennie plus tôt.

L’année 1983 a été le marqueur d’un pic du taux de suicide dans les collectivités autochtones côtières du Nord, de la chute du revenu annuel (p. ex., le salaire annuel d’un chasseur de la baie Resolute est passé de 54 000 à 1 000 $), et d’autres difficultés sociales et culturelles dévastatrices. Bon nombre de ceux qui avaient été fiers de travailler dur et de vivre des ressources de leur terre natale ont beaucoup souffert face au mépris international.

L’Union européenne a interdit l’importation des produits du phoque en 2009. Comme lors de sa précédente intervention, elle a exclu les chasseurs inuits de l’interdiction. Mais encore une fois, le résultat a été dévastateur, entraînant une réduction de 90 % du nombre de fourrures vendues.

La demande des produits du phoque reprend dans certains marchés, et le phoque trouve un second souffle dans les domaines de la haute couture, de la restauration, de l’industrie alimentaire et de la médecine naturelle. Malgré tout, des groupes opposés à la chasse au phoque sont toujours actifs et continuent à se faire entendre, ne cessant d’exercer des pressions pour empêcher les consommateurs de choisir des produits du phoque naturels et durables.

Sécurité alimentaire

On estime que jusqu’à 70 % des foyers inuits vivent en situation d’insécurité alimentaire. Le prix des aliments peut être prohibitif dans le Nord, et les sources d’aliments et les méthodes de chasse traditionnelles disparaissent.

Le phoque et d’autres aliments prélevés dans la nature sont une source de produits nutritifs garantie. De nombreuses collectivités nordiques ont installé des congélateurs communautaires ou mis en place d’autres structures de partage des aliments pour permettre aux chasseurs de subvenir aux besoins des autres. Là encore, il s’agit du prolongement des traditions de coopération communautaire inuites. Autrement dit, l’accès à la nourriture traditionnelle offre des avantages sociaux et culturels en plus des bienfaits nutritionnels.

Dans le Grand Nord canadien, où la viande du commerce est coûteuse, un seul phoque annelé peut fournir l’équivalent de 200 $ ou plus de viande pour une famille, tout en étant beaucoup plus nutritif.

En savoir plus sur la culture de phoques sur la côte est

« Le Nunavut se cherche une niche dans le commerce mondial. Les Inuit guettent l’occasion de partager leurs ressources et leurs accomplissements, en espérant un avenir meilleur. Les valeurs de la conservation de la nature et celles de l’esprit de marché peuvent coexister. Malheureusement, des règlementations sans fondement scientifique sur l’exploitation durable font obstacle à cette rencontre. »

—Gouvernement du Nunavut